Trêve sociale au Gabon : Les syndicats disent oui, mais à une condition…

LIBREVILLE (Equateur) – Le Premier ministre gabonais, Julien Nkoghé Békalé, a sollicité une trêve sociale de 3 ans auprès des partenaires sociaux, au terme des travaux du Forum de la Fonction publique. Si les syndicats qui ont assisté à ce Forum sont favorables, ils exigent au préalable que certaines revendications des travailleurs soient satisfaites.

 

Le Chef du gouvernement gabonais, Julien Nkoghé Békalé, souhaite une trêve sociale de 3 ans, afin d’avoir le temps, sans être perturbé par des mouvements de grèves, d’apporter des réponses aux revendications des travailleurs. Il l’a clairement exprimé le lundi 13 janvier dernier à Libreville, lors de la remise du rapport des recommandations du Forum de la Fonction publique. Une demande tout à fait compréhensible, qui a trouvé l’assentiment de la majorité des leaders syndicaux présents à ces assisses.

 

Cependant, si les partenaires sociaux se disent favorables à une trêve sociale de 3 ans, il l’a conditionne néanmoins, par la satisfaction au préalable, de certaines revendications restées lettres mortes depuis plusieurs années. C’est du moins ce que soutient Joël Ondo Ella, président de la Confédération des syndicats de l’administration publique et privée (Cosynap).

 

« Nous ne sommes pas contre la trêve sociale. Nous pensons qu’à l’annonce du gouvernement de solliciter une trêve, le gouvernement a entendu ce que les travailleurs ont dit en retour. A savoir, qu’il n’y a pas de paix sans pain (…) Nous ne pouvons pas bâillonner les revendications des travailleurs au motif d’une stabilité pour la stabilité. La stabilité durable se construit sur la justice sociale, sur les réponses concrètes aux maux qui minent les travailleurs », a-t-il déclaré.

 

Un point de vue partagé par Pierre Mintsa, secrétaire général du Syndicat autonome des personnels des affaires sociales (Sapas). « Nous sommes prêts à accorder la trêve sociale au gouvernement, mais pas à n’importe quel prix. Si le gouvernement donne les postes budgétaires à tous ceux qui en ont besoin, s’il régularise toutes les situations administratives, s’il procède au paiement des rappels soldes, s’il arrime la pension retraite au nouveau système de rémunération, nous pensons que nous pouvons lui accorder la trêve sociale pour les projets à long terme », a-t-il confié.

 

Pour sa part, le président du Syndicat national des personnels de santé (Synaps), Serges Mickala, estime que le gouvernement qui sollicite cette trêve sociale, doit privilégier la concertation et la négociation, « Car il n’y a pas de trêve sociale sans concertation et négociation. », a-t-il souligné.

 

Selon le président du Synaps, les problèmes que le gouvernement veut résoudre durant la trêve sociale, doivent être stratifiés par ordre de priorité. « Mais toutes ces préoccupations doivent être dénoncées au cours de la concertation, ensuite on négocie », a-t-il conclu.

 

Toutefois, si la trêve sociale est acceptée par certaines organisations syndicales, il n’en est rien pour d’autres telles que Dynamique unitaire (DU), le Syndicat national des agents de la Caisse nationale de sécurité sociale (Syna-Cnss) et de la Confédération syndicale gabonaise (Cosyga).

 

Pour DU, en 2003, les syndicats avaient signé une trêve sociale avec le gouvernement, mais qui n’a pas profité aux travailleurs. « Les problèmes des travailleurs soulevés aujourd’hui, sont les mêmes depuis des lustres. Les syndicats doivent-ils continuer à signer des trêves sociales pour enterrer les problèmes des travailleurs ? », s’est interrogé Louis Patrick Mombo, secrétaire général de cette centrale syndicale.

 

Aussi, face à la mauvaise foi du gouvernement, DU dit non à la signature d’une trêve sociale, qui enterrera les revendications des travailleurs. « La trêve sociale s’impose d’elle même par la résolution des problèmes des travailleurs. On n’a pas besoin de la signer », soutient M. Mombo.

 

Dans le même ordre d’idées, le président du Syna-Cnss, Jocelyn Louis Ngoma, pense que cette trêve sociale que sollicite le gouvernement est une perte de temps. Pour justifier son positionnement, il rappelle comme Louis Patrick Mombo de DU, que les précédentes trêves sociales n’ont rien apporté aux travailleurs. « Que nous ont apporté les précédentes trêves sociales ? Et en contre partie de quoi », s’est-il également interrogé.

 

Des allégations soutenues par la Cosyga et l’ensemble des syndicats affiliés. D’après son secrétaire général, Wenceslas Mba Nguéma, il ne peut y avoir trêve sociale aussi longtemps que le gouvernement ne propose rien de concret aux travailleurs, en termes de résolution de certains points de leurs plateformes revendicatives. « Nous ne sommes pas d’avis avec une trêve sociale, car la négociation d’une trêve sociale obéit à une démarche. Le gouvernement s’engage à satisfaire certaines revendications des travailleurs, et à contre partie, les partenaires sociaux acceptent d’accorder un temps de répit au gouvernement pour mener ses actions. On ne demande pas une trêve sociale sans rien proposer », a martelé Wenceslas Mba Nguéma.

 

Au regard de tout ce qui précède, il est évident que la trêve sociale sollicitée par le Chef du gouvernement pose un problème de méthode. On ne demande pas une trêve sociale sans rien proposer aux partenaires sociaux en termes de résolutions de certains points de leurs nombreuses revendications. D’où le refus des syndicalistes qui n’ont plus confiance au gouvernement.

 

 

Levi NGOMA

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