Gabon : La Fetrag invite les travailleurs à s’approprier le discours du Chef de l’État
LIBREVILLE (Equateur) – Dans son discours à la Nation, à l’occasion de la 3e édition de la fête de la Libération, le président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema a déclaré ceci : « Le 30 août nous a rendu la liberté de choisir ; il nous impose désormais le devoir de réussir ». Pour le Secrétaire général de la Confédération Fetrag, Jocelyn Louis Ngoma, cette liberté de choisir doit désormais irriguer toute la vie de la Nation, y compris le monde du travail. Lecture.
La Fédération des Travailleurs du Gabon (Fetrag) adresse ses remerciements au président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, pour les orientations fortes contenues dans son discours à la Nation à l’occasion de la troisième édition de la Fête de la Libération.
La Fetrag retient particulièrement cet appel : « Le 30 août nous a rendu la liberté de choisir ; il nous impose désormais le devoir de réussir ». Cette parole porte une exigence qui dépasse le seul champ politique. La liberté de choisir doit désormais irriguer toute la vie de la Nation, y compris le monde du travail.
Le travailleur doit pouvoir choisir librement son organisation syndicale, ses représentants et ceux auxquels il confie la défense de ses intérêts. Personne ne doit choisir à sa place.
La démocratie sociale, dernier pilier de la Ve République
La Fetrag considère que la construction de la Ve République ne saurait être pleinement achevée sans l’instauration effective d’une véritable démocratie sociale. La démocratie politique donne au citoyen le droit de choisir ses représentants.
La démocratie sociale doit donner au travailleur le même droit dans l’entreprise, dans les institutions du travail et dans les organismes de protection sociale.
La représentation des travailleurs ne peut être une faveur accordée par l’administration, encore moins le résultat de désignations opaques ou d’arrangements entre acteurs. Elle doit être la conséquence du choix libre et démocratique des travailleurs.
C’est là que se trouve, pour la Fetrag, le dernier pilier à consolider pour donner toute sa portée à la Ve République : une représentation authentique des travailleurs, fondée sur des élections professionnelles transparentes et une représentativité réellement établie par les travailleurs.
Personne ne doit fabriquer la représentation des travailleurs
C’est dans cette perspective que la Fetrag dénonce avec fermeté les pratiques d’ingérence d’acteurs extérieurs aux problèmes syndicaux.
Nous assistons trop souvent à des interventions qui, au lieu de résoudre les différends, contribuent à les déplacer, à les amplifier, voire à fabriquer artificiellement des conflits entre organisations de travailleurs.
Des acteurs qui ne sont ni salariés concernés, ni mandants syndicaux, ni parties au conflit professionnel ne peuvent prétendre décider de la légitimité d’une organisation, de la représentativité d’un syndicat ou de l’identité de ceux qui doivent parler au nom des travailleurs.
La représentativité syndicale ne se fabrique pas dans les bureaux. Elle se conquiert auprès des travailleurs. Un conflit réel doit être traité. Un conflit artificiellement fabriqué doit être refusé. Une organisation syndicale doit régler ses différends conformément à ses statuts et à la loi, sans tutelle extérieure.
L’administration doit rester dans son rôle
Le président de la République a donné une orientation particulièrement claire : « J’exige de l’administration qu’elle écoute avant de décider, qu’elle explique avant de mettre en œuvre et qu’elle corrige lorsque la réalité le commande ».
Il a également rappelé que le droit de grève et la liberté syndicale seront respectés, et que le dialogue doit être « sincère, permanent et utile ».
La Fetrag salue cette position et remercie le Chef de l’État pour cette clarification. Mais une parole présidentielle doit maintenant devenir une pratique administrative.
L’administration doit garantir le droit. Elle doit faciliter le dialogue. Elle doit prévenir les conflits. Elle ne doit pas devenir un acteur des conflits syndicaux. Elle ne doit pas choisir les représentants des travailleurs. Elle ne doit pas fabriquer des interlocuteurs. Elle ne doit pas intervenir dans la vie interne des organisations syndicales au-delà des compétences que la loi lui reconnaît.
L’administration doit être garante des règles, pas architecte des rapports de force syndicaux.
Le dialogue social ne peut être une mise en scène
Le président de la République affirme également : « L’État doit écouter et négocier de bonne foi ». La Fetrag prend cet engagement au mot. Négocier de bonne foi signifie accepter d’entendre les revendications avant de prendre position.
Cela signifie reconnaître les interlocuteurs légitimes. Cela signifie accepter la contradiction. Cela signifie pouvoir corriger une décision lorsque les faits démontrent qu’elle n’est pas adaptée.
Le dialogue social ne peut pas consister à convoquer les partenaires sociaux après que tout a déjà été décidé. Un dialogue sans capacité réelle d’influencer la décision n’est qu’une formalité.
La Fetrag veut un dialogue social qui produise des solutions, pas un dialogue destiné à donner une apparence de concertation.
Le devoir de réussir est aussi un devoir de responsabilité
La Fetrag partage l’appel du président à la responsabilité. Les travailleurs ont leur part de responsabilité. Les employeurs ont la leur. Les organisations syndicales ont la leur. L’administration également.
La Fetrag assumera la sienne : protéger l’outil de production, prévenir les conflits et défendre les intérêts des travailleurs. Mais prévenir les conflits ne signifie pas demander aux travailleurs de se taire.
La paix sociale ne peut pas être construite sur l’effacement des revendications. Elle se construit par la justice, le respect du droit et la négociation.
« Aimons ce pays comme Dieu nous aime »
La Fetrag reçoit également cette exhortation du Président de la République comme un appel à dépasser les intérêts particuliers pour construire une Nation plus juste.
Aimer le Gabon, c’est respecter ceux qui travaillent pour le faire vivre. C’est respecter leur liberté syndicale. C’est respecter leur choix. C’est refuser que des intérêts particuliers viennent confisquer leur représentation. C’est combattre les manipulations et les conflits artificiels. C’est construire un dialogue social véritable.
C’est donner aux travailleurs une place réelle dans les institutions qui engagent leur avenir. La démocratie politique ne peut être pleinement forte sans démocratie sociale.
Le 30 août a rendu au peuple gabonais la liberté de choisir. La Ve République doit désormais garantir cette liberté dans toutes les sphères de la vie nationale. Personne ne doit choisir à la place des travailleurs.
Monsieur le président de la République, la Fetrag vous remercie pour cette parole et pour cette ambition. Nous vous prenons au mot. Nous sommes prêts à participer au devoir de réussir.
Mais réussir ensemble suppose une condition simple : que la liberté de choisir soit réelle, que la représentation soit légitime et que le dialogue social soit sincère.
La Fetrag continuera donc à défendre une démocratie sociale effective, fondée sur la liberté syndicale, l’élection des représentants des travailleurs et leur participation réelle aux décisions qui concernent le monde du travail et la protection sociale.
Aimons ce pays comme Dieu nous aime.
Et parce que nous l’aimons, ne laissons personne confisquer la liberté de ceux qui le font vivre.
Jocelyn Louis NGOMA, Secrétaire général de la Fetrag
