Gabon/Crise des enseignants : Quand la survie politique prospère sur la faillite de l’école
LIBREVILLE (Equateur) – Tant que la crise des enseignants restera instrumentalisée comme levier de surenchère politique, toute sortie durable de crise restera illusoire. Derrière les revendications portées au nom du corps enseignant se joue une bataille de leadership, de positionnement et d’influence, dont la première victime est l’autorité du Chef de l’État.
La crise actuelle n’est donc pas seulement sociale. Elle est profondément politique. Elle est entretenue par des acteurs dont la survie dépend du chaos, et dont l’agenda est étranger à l’avenir réel de l’école gabonaise.
L’un des ressorts majeurs de cette manipulation repose sur une confusion délibérée entre réclamations et revendications. Les réclamations relèvent du droit existant : rappels de salaires, intégrations, reclassements, avancements ou exécution d’actes administratifs déjà pris. Elles ne se négocient pas, elles s’exécutent. Les transformer en objets de négociation revient à travestir le droit et à affaiblir l’État de droit.
Les revendications, à l’inverse, portent sur l’amélioration des conditions de travail, la revalorisation salariale ou les réformes structurelles. Elles supposent un dialogue social sincère et structuré.
Or, l’administration entretient sciemment l’amalgame, empilant des réclamations dans des cahiers de revendications collectives pour ensuite les présenter comme excessives ou budgétairement intenables.
Cette stratégie permet de masquer les dysfonctionnements administratifs et de déplacer la responsabilité de la crise sur les enseignants.
Autour de cette crise gravitent des réseaux informels où circule le « taxi », argent de la manipulation destiné à acheter des silences, fabriquer des postures radicales ou maintenir artificiellement la tension. La crise devient un fonds de commerce, une rente politique.
Plus grave encore, certains vont jusqu’à monnayer l’accès au président de la République, laissant croire qu’une audience se négocie ou se paie. La détresse sociale est ainsi exploitée, la parole présidentielle instrumentalisée et l’autorité du Chef de l’État fragilisée par ceux-là mêmes qui prétendent la défendre.
Face à cette mécanique cynique, les enseignants cherchent légitimement à s’adresser directement au président de la République. Non par défiance institutionnelle, mais parce que leur parole est systématiquement filtrée ou confisquée.
D’où la multiplication d’obstacles administratifs et d’intermédiaires autoproclamés destinés à empêcher que la vérité n’atteigne le sommet de l’État.
Sous ce prisme déformant, la crise est présentée comme un trouble à l’ordre public ou une contestation politisée, alors que les enseignants sont avant tout les victimes d’un système perverti.
Pendant que certains manœuvrent pour préserver leurs positions et leurs réseaux, c’est la République qui paie le prix fort : une école affaiblie, des générations sacrifiées et une confiance nationale profondément érodée.
La sortie de crise passe par une exigence simple : que la vérité atteigne directement le président de la République. Car le jour où les manipulations seront mises à nu, plus aucun calcul de survie politique ne pourra prospérer sur les ruines de l’éducation nationale.
LA RÉDACTION
