Gabon : La Fetrag-Setrag interpelle le gouvernement et Eramet sur une crise sociale à la Setrag

OWENDO (Equateur) – Intimidations syndicales, précarisation de l’emploi, marginalisation des compétences gabonaises, inquiétudes sur la sécurité ferroviaire et manquements présumés aux obligations sociales : C’est en filigrane les quelques points abordés mardi 3 novembre dernier par l’un des syndicats les plus représentatifs de la Société d’Exploitation du Transgabonais (Setrag). Mettant en évidence un véritable malaise social au sein de l’entreprise.

 

Depuis la création de syndicat Fetrag-Setrag, la Direction des ressources humaines de l’entreprise semble éprouver des difficultés à composer avec une nouvelle réalité : celle d’un syndicalisme indépendant, qui maîtrise les textes et refuse de considérer les décisions de l’employeur comme incontestables.

 

Longtemps habituée à des relations syndicales peu conflictuelles, la Direction générale se trouve désormais confrontée à des représentants qui exigent le respect du Code du travail et dénoncent les pratiques qu’ils jugent contraires aux libertés syndicales.

 

Une démarche qui malheureusement, s’accompagne d’une multiplication des demandes d’explications et des convocations à des entretiens préalables visant des dirigeants syndicaux pour des activités relevant de leurs mandats. C’est du moins ce qu’a déclaré Gilles Térence Mondjo Mondjo, président du syndicat Fetrag-Setrag, au cours de leur point de presse du mardi 3 novembre dernier.

 

Selon ses explications, il serait lui-même exposé à une procédure pouvant conduire au licenciement pour avoir exercé son mandat syndical qui, du point de vue de la loi, ne saurait constituer une faute disciplinaire. Car la liberté syndicale est un droit, non une faveur de l’employeur, rappelle-t-il.

 

Le rôle controversé de l’Inspection spéciale du travail

 

La Fetrag-Setrag a également remis en cause certaines pratiques impliquant l’Inspecteur spécial du travail chargé des transports terrestres, aériens et ferroviaires (Istrataf). D’après l’organisation syndicale, la Direction des ressources humaines présenterait régulièrement des avis techniques de cette autorité comme des décisions contraignantes s’imposant aux partenaires sociaux.

 

Le syndicat rappelle qu’un avis consultatif ne saurait se substituer à la loi ni être assimilé à une décision administrative obligatoire. Cette remise en cause des interprétations traditionnellement invoquées par l’employeur semble constituer l’un des principaux points de crispation.

 

Pour Gilles Terence Mondjo Mondjo, l’Inspection du travail doit demeurer une autorité indépendante de contrôle et de garantie du respect de la législation sociale, et non apparaître comme le conseil juridique d’une seule partie.

 

Représentativité : 31 sièges sur 36 pour les deux organisations contestataires

 

Les dernières élections des délégués du personnel ont attribué 18 sièges au Sycat, 13 à la Fetrag-Setrag, 4 à l’Utct et 1 au Sntt. Le Sycat et la Fetrag-Setrag totalisent ainsi 31 sièges sur 36, soit 86,11 % des sièges. Malgré ce poids électoral, les deux organisations dénoncent des obstacles au dialogue social et une différence de traitement entre syndicats.

 

Aussi, la Fetrag-Setrag réclame au gouvernement via le ministre du Travail, la proclamation officielle des résultats électoraux et une détermination transparente de la représentativité conformément aux textes.

 

Précarité, externalisation et marginalisation des compétences nationales

 

Le point de presse a exposé treize préoccupations touchant à la gouvernance sociale et à l’avenir du chemin de fer. La Fetrag-Setrag a dénoncé notamment la situation des agents de la Direction Système Signalisation Projets (Dessp), les pressions professionnelles alléguées et l’externalisation progressive de métiers ferroviaires.

 

Elle s’inquiète également du sort des travailleurs mis à disposition par Segas Rail, Hsd, Stvb et Humanis, dont certains exerceraient depuis plus de dix ans sans perspective d’intégration à la Setrag. La gabonisation des postes de responsabilité constitue un autre sujet majeur.

 

Selon les chiffres avancés, sur 51 postes d’encadrement, 20 seraient occupés par des expatriés. Au niveau des directions et du secrétariat général, cette proportion atteindrait 9 postes sur 16. À ces préoccupations s’ajoutent des disparités présumées de traitement, l’absence d’organigramme actualisé et des retards de plusieurs années dans la délivrance des fiches de poste.

 

Le rapport social annuel : une obligation légale au cœur du dialogue social

 

Parmi les manquements dénoncés par la Fetrag-Setrag figure l’absence du rapport social annuel, prévu par l’article 97 du Code du travail gabonais. En effet, ce document permet d’apprécier la situation réelle des effectifs, des rémunérations, de la formation, des conditions de travail et de la main-d’œuvre étrangère.

 

Pour la Fetrag-Setrag, sa production doit constituer un préalable à toute concertation sérieuse. Comment discuter de la gabonisation des postes, de la précarité ou des conditions de travail sans disposer des données sociales de l’entreprise ?

 

Cette exigence interpelle également l’Inspection spéciale du travail, chargée de veiller au respect des obligations légales de l’employeur. Le rapport social annuel n’est pas une concession syndicale à négocier : c’est une obligation légale que l’employeur doit respecter.

 

Sécurité ferroviaire : des alertes qui concernent toute la nation

 

La Fetrag-Setrag a également exprimé ses inquiétudes concernant l’état de certains matériels roulants et des incidents signalés de rupture d’attelage. Elle demande des vérifications techniques indépendantes et une implication renforcée de l’Autorité de régulation des transports ferroviaires (Artf).

 

Le Transgabonais étant une infrastructure stratégique pour l’économie nationale, les alertes relatives à sa sécurité doivent faire l’objet d’un examen rigoureux, martèle le président de la Fetrag-Setrag, Gilles Terence Mondjo Mondjo pour qui la sécurité des voyageurs, des travailleurs et des marchandises ne saurait être reléguée au second plan.

 

Le gouvernement et Eramet appelés à prendre leurs responsabilités

 

Face à cette accumulation de préoccupations, la Fetrag-Setrag a interpellé le ministre chargé du Travail sur la protection des représentants syndicaux, le respect des obligations sociales et le rôle de l’Inspection du travail.

 

L’organisation syndicale a également appelé le groupe Eramet à veiller à l’application effective de ses engagements en matière de responsabilité sociale et de respect des conventions n°87 et n°98 de l’Organisation internationale du Travail.

 

La Setrag face à ses responsabilités

 

Le point de presse du mardi 3 novembre dernier semble révélé une crise de gouvernance sociale que la Direction générale de la Setrag ne saurait résoudre par des procédures disciplinaires ou par une sélection de ses interlocuteurs syndicaux.

 

Les accusations formulées par la Fetrag-Setrag appellent naturellement des vérifications contradictoires et des réponses de l’employeur. Mais elles posent aussi une question essentielle : quelle place la Setrag accorde-t-elle réellement à la liberté syndicale et au dialogue social ?

 

En guise de conclusion, le président de la Fetrag-Setrag a réclamé un cadre permanent de concertation associant l’État, l’employeur et les organisations syndicales représentatives. « La paix sociale ne se construit ni par l’intimidation ni par la complaisance syndicale. Elle repose sur le respect du droit et la reconnaissance des représentants des travailleurs », a indiqué Gilles Terence Mondjo Mondjo.

 

 

Levi NGOMA 

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