Gabon/Crise à la Setrag : Des leaders syndicaux menacés de licenciement ?
LIBREVILLE (Equateur) – Des dirigeants syndicaux seraient menacés de licenciement après avoir dénoncé, lors du point de presse organisé le 3 novembre 2026 par la Fetrag-Setrag, des violations présumées du droit du travail, des atteintes aux libertés syndicales, la marginalisation des compétences gabonaises et des dysfonctionnements susceptibles de compromettre la sécurité ferroviaire. L’audio d’un syndicaliste transmis à notre rédaction semble confirmer cette idée de licenciement.
Alors que la Direction générale et certains responsables syndicaux ont affirmé publiquement dans un média que le dialogue social se porte bien dans l’entreprise, plusieurs représentants des travailleurs, notamment des membres du Bureau exécutif du Sycat issu de l’assemblée générale du 11 juin 2026, auraient reçu des convocations à des entretiens préalables pouvant déboucher sur des sanctions disciplinaires.
Ceux de la Fetrag-Setrag ne sont en reste, car eux aussi ont reçu des demandes d’explication suite au point de presse qu’ils ont récemment organisé. Le président dudit syndicat, Terence Mondjo Mondjo serait convoqué mercredi prochain pour un entretien préalable en vue d’une éventuelle sanction, apprend-on.
Un témoignage audio glaçant sur les menaces de licenciement
Un enregistrement audio transmis à notre rédaction apporte un éclairage inquiétant sur les pressions présumées exercées contre les dirigeants syndicaux.
Dans cet enregistrement, un responsable syndical rapporte les confidences de son supérieur hiérarchique, qui lui aurait révélé l’intention du directeur des ressources humaines de licencier l’ensemble des membres du Bureau exécutif de la Fetrag-Setrag ayant participé au point de presse du 3 novembre dernier.
Plus troublant encore, ce supérieur lui aurait conseillé de se désolidariser de ses camarades et de soutenir la Direction générale, à l’image de certains responsables d’autres organisations syndicales de l’entreprise.
Si ces révélations étaient confirmées, elles laisseraient entrevoir une stratégie particulièrement préoccupante : menacer les dirigeants syndicaux de licenciement pour les réduire au silence, tout en encourageant les divisions entre représentants des travailleurs.
C’est donc cela, le dialogue social qui « se porte bien » ? Des représentants des travailleurs menacés de licenciement pendant que d’autres s’emploient à rassurer l’opinion publique sur la qualité des relations sociales dans l’entreprise ?
Cette contradiction apparente soulève de sérieuses interrogations sur l’indépendance de certaines organisations syndicales et sur la neutralité que l’employeur doit observer à leur égard.
Les exhortations du président de la République à Makokou mises à l’épreuve
Cette nouvelle escalade intervient deux mois après les exhortations du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, formulées à Makokou le 30 août 2026, à l’occasion de la Fête de la Libération.
Le chef de l’État avait réaffirmé son attachement au respect des libertés syndicales, au droit de grève et à la nécessité d’un dialogue social sincère entre employeurs et représentants des travailleurs. Il avait également appelé à privilégier l’écoute et la négociation plutôt que les rapports d’autorité face aux revendications sociales.
Comment concilier ces orientations présidentielles avec des menaces présumées de licenciement contre des représentants syndicaux dont la démarche consiste à dénoncer des dysfonctionnements et à défendre les intérêts des salariés ?
La situation dénoncée à la Setrag pose ainsi la question de l’application effective des orientations présidentielles dans les entreprises stratégiques du pays.
Eramet et le ministère du Travail face à leurs responsabilités
Les accusations de menaces de licenciement, les convocations disciplinaires visant des représentants des travailleurs et les soupçons d’ingérence dans les affaires syndicales appellent une attention particulière des autorités compétentes.
Sur quel fondement juridique la Direction des ressources humaines pourrait-elle justifier des sanctions contre des représentants du personnel pour des activités relevant de l’exercice régulier de leurs mandats ?
Le Code du travail gabonais protège la liberté syndicale et encadre les procédures de licenciement, particulièrement lorsqu’elles concernent des représentants du personnel bénéficiant d’une protection légale.
Le ministre du Travail et les responsables du groupe Eramet sont ainsi interpellés sur la nécessité de faire toute la lumière sur les faits dénoncés, de garantir les droits des représentants syndicaux et de favoriser un dialogue social respectueux de la représentativité des organisations de travailleurs.
Une rencontre urgente entre la Direction générale de la Setrag et les organisations syndicales représentatives, sous l’égide du Ministère du Travail, apparaît nécessaire pour éviter une aggravation de la crise.
La Direction générale et sa Direction des ressources humaines restent attendues sur ces accusations, dont la gravité appelle des explications et une vérification contradictoire.
Car le dialogue social ne se mesure pas aux déclarations complaisantes de quelques responsables syndicaux, mais au respect effectif des libertés syndicales, à l’écoute des revendications et à la protection de ceux qui les portent.
James RHANDAL
