Les magistrats gabonais en grève illimitée dès mercredi prochain?

LIBREVILLE (Equateur) – Les magistrats gabonais regroupés au sein du Syndicat national des magistrats (SYNAMAG), ont tenu un point de presse le lundi 25 novembre dernier à Libreville, pour exiger du président gabonais, Ali Bongo Ondimba, l’annulation des mesures du dernier conseil supérieur de la magistrature, qui se serait tenu en violation flagrante de la loi. Dans le cas contraire, ils entreront en grève illimitée dès la semaine prochaine.

 

Au lendemain de la tenue du Conseil supérieur de la magistrature du vendredi 22 novembre dernier à Libreville, et qui a enregistré plusieurs mesures individuelles dont le limogeage de l’ancien procureur de la République, Olivier N’Zahou, les magistrats gabonais regroupés au sein du Syndicat national des magistrats (SYNAMAG), ont tenu un point de presse lundi 25 novembre, pour exiger du président gabonais, président du Conseil supérieur de la magistrature, Ali Bongo Ondimba, l’annulation desdites mesures du dernier Conseil supérieur de la magistrature, qui se serait tenu en violation flagrante de la loi.

 

« Nous demandons purement et simplement l’annulation des dernières mesures du Conseil supérieur de la magistrature extraordinaire, au regard de ce qu’il a été organisé en violation flagrante de la loi. La facilité avec laquelle vous l’avez convoqué vous permet d’en convoquer un autre dans les huit jours. Sinon, le SYNAMAG se réserve le droit de prononcer la levée immédiate de la suspension du mot d’ordre de grève illimitée, lancé y a quelques mois. D’où le présent préavis », ont déclaré les magistrats.

 

Hormis l’annulation des dernières mesures du CSM, le SYNAMAG s’est également prononcé sur l’instrumentalisation de la justice gabonaise par le pouvoir exécutif dont le président gabonais en est le garant. Les hommes en toge ont déploré les abus exercés par ce pouvoir, qui foule aux pieds le principe de séparation de pouvoir contenu dans la constitution gabonaise, la mère des lois du pays.

 

« Peuple Gabonais, les fondements de la séparation des pouvoirs sont une fois de trop menacés, voire phagocytés par le pouvoir exécutif. En lieu et place des passerelles de communication entre les différents pouvoirs prévues par Montesquieu, il existe aujourd’hui des véritables boulevards créés et entretenus par le pouvoir exécutif lui permettant de faire ce qu’il veut et quand il le veut et à qui il le veut », a déclaré le président du SYNAMAG, Germain Nguéma Ella.

 

Des agissements qui d’après le SYNAMAG, font perdre à la justice gabonaise et aux magistrats, toute crédibilité aux yeux du monde. « Cette assertion s’illustre par la chosification faite à notre justice, la transformant à une simple justice de distraction et de règlements de comptes », a-t-il ajouté.

 

Parlant de cette justice instrumentalisée, le SYNAMAG explique, qu’elle sert aujourd’hui  au pouvoir exécutif, de « régler les comptes à ses adversaires politiques en mettant de côté les objectifs essentiels de performance, de moralisation de la vie publique et de satisfaction de l’intérêt général. L’armée, la police et tous les corps de sécurité, ont perdus les valeurs républicaines qui fondent leur action. Elles ne sont plus pour la protection du territoire, des biens et des personnes, mais pour protéger une minorité qui pille, vol et détourne en toute impunité l’argent public ».

 

Pour le SYNAMAG, cette situation pitoyable de la justice gabonaise, serait due à l’incapacité du pouvoir exécutif à conduire le Gabon vers l’émergence tant promise. « Quelle avenir pouvons-nous construire avec une justice embrigadée ? L’image de la Justice du Gabon est écornée sur le plan national ainsi qu’international à cause d’un pouvoir exécutif mal inspiré, manquant de repère, d’exemplarité et de certitudes, quant à la conduite de ce pays doté de richesses incroyables avec une faible population vers l’émergence tant promise », ont soutenu les magistrats.

 

« Les erreurs de casting se succèdent mois par mois, année par année. Monsieur Stephen Jackson, représentant du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a déclaré qu’au Gabon ‘’la corruption nuit à l’équilibre social et constitue un frein pour l’harmonisation des ressources et ternit l’image du pays’’. Aujourd’hui, c’est la Justice qui fait les frais de cette incompétence », ont-ils  ajouté.

 

Revenant sur les nominations, affectations ou promotions du Conseil supérieur de la magistrature, le SYNAMAG s’étonne que ce soit désormais les services de la présidence de la République qui font les nominations. « En effet, après consultation de nos collègues présents à cette session dite extraordinaire, les nominations issues de ce tour de table n’émanent pas des magistrats, mais plutôt de la présidence de la République. Nous avons constaté pour le regretter, qu’il n’y a pas eu de travaux préparatoires avec nos différents chefs de cour comme l’exige la loi », regrettent les magistrats, qui exigent l’annulation des dernières mesures.

 

 

Levi NGOMA

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