Gabon : Syndicalisme, réformes et devoir de vérité
LIBREVILLE (Equateur) – Dans le cadre des réformes engagées sous la Cinquième République, une loi sur les partis politiques est venue assainir un environnement longtemps gangrené par la prolifération de formations sans idéologie, sans base militante réelle et sans projet de société, réduites au rôle de simples variables d’ajustement dans les équilibres du pouvoir. Cette réforme salutaire a permis de mettre fin à une confusion volontairement entretenue entre pluralisme démocratique et marchandage politique.
Il est désormais évident que le même travail de clarification et de régulation doit être appliqué au champ syndical, tant certaines organisations de travailleurs sont devenues des prolongements directs de partis politiques, voire des instruments de pression au service d’intérêts particuliers.
De la même manière que des partis politiques prétendument d’opposition ont proliféré autour du parti unique, sans idéologie, sans vision et sans projet de société, uniquement pour servir de variables d’ajustement dans les jeux d’équilibre de l’instrumentation géopolitique, certains présumés leaders syndicaux ont méthodiquement perverti le syndicalisme.
Ils en ont fait un fonds de commerce, une activité à but lucratif, vivant du marchandage permanent, de la surenchère politique et du chantage social, sacrifiant délibérément la défense des travailleurs sur l’autel d’intérêts personnels et de calculs politiciens.
Plus grave encore, la longévité de ces dérives dans le paysage syndical gabonais n’est pas le fruit du hasard. Elle est entretenue par des personnalités politiques et administratives qui, par cynisme ou par calcul, sous-traitent à ces syndicats politisés un véritable service de mercenariat social.
Ces organisations sont instrumentalisées comme des leviers de pression, activés ou neutralisés au gré des agendas, au mépris de la dignité des travailleurs et de l’intérêt général.
Les conséquences de ces dérives sont aujourd’hui visibles et mesurables. Elles ont installé une crise de confiance généralisée entre l’État, les travailleurs et l’opinion publique.
Dans le secteur de l’éducation en particulier, l’instrumentalisation syndicale, la surenchère permanente et l’absence de représentativité réelle ont largement contribué à une crise grave et durable, dont les premières victimes sont les élèves, les familles et la Nation tout entière.
C’est dans ce contexte que, lors de la présentation des vœux au président de la République, le ministre du Travail a reçu instruction d’organiser les élections professionnelles au plus tard au mois de mars. Cette orientation présidentielle n’a rien de technique : elle vise à restaurer la légitimité de la représentation syndicale, à rompre avec les pratiques dévoyées et à redonner la parole aux travailleurs eux-mêmes.
En prévision de ces échéances électorales, le ministère du Travail a engagé un travail préliminaire indispensable, consistant au recensement et au contrôle de conformité de l’ensemble des organisations syndicales exerçant sur le territoire gabonais.
L’objectif était clair : identifier celles qui remplissent effectivement les critères légaux d’éligibilité pour prendre part aux prochaines élections professionnelles. Une démarche normale dans un État de droit, mais manifestement insupportable pour certains.
En effet, plusieurs organisations syndicales, parfaitement conscientes de leur non-conformité aux normes en vigueur, ont délibérément refusé de se soumettre à cet exercice de transparence.
Plutôt que de se mettre en règle, elles ont choisi la voie de la manœuvre et de la pression, en sollicitant l’intervention de certaines personnalités politiques et administratives afin de faire du trafic d’influence sur les équipes du ministère du Travail commises à cette mission de recensement et de contrôle.
L’objectif de ces interventions était limpide : contourner le contrôle de conformité, forcer leur insertion dans le fichier des organisations syndicales remplissant les conditions d’éligibilité et se maintenir artificiellement dans le jeu syndical, en violation flagrante de la loi.
Au regard de la crise de confiance générale engendrée par ces organisations syndicales dévoyées, et compte tenu des dégâts sociaux majeurs qu’elles ont causés, notamment dans le secteur de l’éducation, des mesures de rigueur s’imposent, il est impératif de protéger le processus électoral syndical de toute pression, de toute interférence et de toute compromission, afin d’empêcher que les responsables de la mise en place du fichier des organisations syndicales éligibles ne soient influencés, intimidés ou instrumentalisés.
Ces pratiques ne relèvent ni de la liberté syndicale ni du pluralisme social. Elles relèvent de la fraude institutionnelle, du sabotage des réformes et de la reproduction consciente des mécanismes qui ont conduit le pays à l’impasse politique, sociale et morale ayant largement motivé le coup d’État du 30 août.
Le Gabon nouveau ne peut pas se construire avec les méthodes d’hier. On ne peut pas, d’un côté, appeler à la rupture, et de l’autre, chercher à préserver des rentes de situation par l’intimidation, le clientélisme et la corruption administrative.
Interpeller l’opinion publique aujourd’hui, c’est rappeler que la refondation de l’État passe aussi par l’assainissement du syndicalisme. Un syndicat n’est ni une entreprise personnelle, ni un bras armé politique, ni un outil de chantage social. Il est un instrument de défense des travailleurs, fondé sur la légitimité, la représentativité et la transparence.
Tolérer ces dérives, c’est trahir l’esprit du 30 août. Les combattre avec rigueur et courage, c’est lui donner tout son sens.
LA RÉDACTION
