Gabon : Pro Congo mise sur 24 entreprises gabonaises pour protéger la forêt et créer des emplois

LIBREVILLE (Equateur) – Vingt entreprises intègrent un parcours d’incubation de neuf mois, tandis que quatre structures plus avancées bénéficieront d’un programme d’accélération. La cérémonie de lancement de la cohorte Gabon 2026 a également été marquée par la remise des attestations aux entrepreneurs sélectionnés.

 

La cohorte Gabon 2026 du programme Pro Congo est officiellement entrée dans sa phase opérationnelle. Son lancement s’est déroulé à Libreville, au siège de Global Forest Environment Consulting (GFEC), dirigé par Marius Kombila, en présence notamment des représentants du Pool national pour la promotion de l’emploi (PNPE), de la Maison de l’auto-entrepreneur, de Pivot 4.0 et des entrepreneurs retenus.

 

À l’issue d’un processus comprenant un appel à candidatures, une présélection, un bootcamp intensif, une formation au pitch, une évaluation technique et l’examen des projets par un comité conjoint, 24 entreprises gabonaises ont été sélectionnées. Vingt rejoignent le programme d’incubation et quatre autres, considérées comme plus matures, intègrent directement le parcours d’accélération.

 

Ces entreprises interviennent dans quatre domaines stratégiques : l’agriculture durable, la foresterie responsable, l’écotourisme et les énergies alternatives. Leur point commun est de proposer des activités économiques susceptibles de créer des revenus et des emplois sans accentuer la dégradation des forêts.

 

Des attestations pour officialiser la sélection

 

La cérémonie a été ponctuée par la remise des attestations aux entrepreneurs admis dans les différents parcours du programme. Cette séquence a été conduite notamment par Axelles Indassy-Gnambault Kiki, au nom du PNPE et de la Maison de l’auto-entrepreneur, ainsi que par Madlyne Audrey Mikala Tsonga, de l’association Pivot 4.0.

 

Au-delà de sa dimension symbolique, cette remise d’attestations marque l’aboutissement de la phase de sélection et le début d’un accompagnement destiné à renforcer la structuration, la viabilité économique et l’impact environnemental des projets retenus.

 

Parmi les bénéficiaires figure Carlita Soungou Dos Santos, porteuse de GAIA, un projet consacré à l’agriculture biologique et à l’apiculture biologique.

 

« C’est pour moi un grand plaisir d’avoir reçu mon attestation dans le cadre du programme Pro Congo et d’avoir été sélectionnée à l’issue de cette période de formation au pitch avec la SING et le CFEG. C’est une belle aventure que nous allons entamer pour permettre à nos projets d’évoluer davantage. Je tiens à remercier tous les partenaires et les bailleurs de fonds », a-t-elle déclaré.

 

Son témoignage illustre les attentes des entrepreneurs retenus, qui voient dans Pro Congo une occasion de consolider leurs modèles économiques, de professionnaliser leurs activités et d’accéder progressivement à de nouveaux marchés et financements.

Concilier activité économique et protection de la forêt

Pro Congo repose sur une conviction : la conservation du Bassin du Congo ne peut être durablement assurée sans offrir aux populations et aux entrepreneurs locaux des solutions économiques viables.

 

Le programme entend ainsi soutenir des entreprises capables de développer des chaînes de valeur respectueuses de l’environnement, notamment dans les zones rurales. Il peut s’agir de productions agricoles ne nécessitant pas la destruction de la forêt, de services d’écotourisme, de solutions énergétiques limitant la consommation de bois ou encore de modèles responsables d’exploitation et de valorisation des ressources forestières.

 

« Ces femmes et ces hommes ont choisi de faire de la protection du Bassin du Congo, et de la forêt gabonaise en particulier, une opportunité économique », a souligné Marius Kombila, Directeur général de GFEC, dans son discours de lancement.

 

L’enjeu est donc double : préserver l’un des principaux massifs forestiers de la planète et faire émerger un tissu d’entreprises locales capables de créer des emplois, de générer des revenus et d’attirer des financements.

 

Neuf mois pour transformer une idée en entreprise viable

 

Les 20 structures retenues pour l’incubation bénéficieront de neuf mois de formation, de coaching et d’accompagnement personnalisé. Ce parcours doit leur permettre de passer d’une idée prometteuse à un modèle économique structuré et opérationnel.

 

Les formations porteront notamment sur les fondamentaux de l’entreprise, la gestion financière, le développement des produits et services, la gouvernance, la stratégie commerciale, les opérations, les compétences entrepreneuriales ainsi que les exigences environnementales, sociales et de gouvernance, dites ESG.

 

À l’issue du parcours, chaque entreprise devra avoir accompli plusieurs avancées concrètes : formalisation de sa structure juridique, mise en place d’une gouvernance minimale, expérimentation de son produit ou service, réalisation d’un projet pilote avec au moins un client payant et suivi de premiers indicateurs environnementaux et sociaux.

 

Chaque entreprise incubée pourra recevoir une subvention de base de 750 dollars, versée en deux tranches de 70 % et 30 %. Une prime supplémentaire de 750 dollars est prévue pour environ 25 % des participants les plus performants.

 

Quatre entreprises préparées à l’investissement

 

Les quatre entreprises admises en accélération présentent déjà une activité commerciale, une capacité opérationnelle et un niveau de structuration plus avancé. Leur accompagnement sera principalement orienté vers l’accès aux marchés et aux financements.

 

Le programme prévoit notamment un appui sur les stratégies de tarification et de distribution, la conformité, la préparation des documents destinés aux investisseurs, les audits environnementaux et sociaux, les démarches de certification ainsi que la mise en relation avec des réseaux de financement.

 

Les entreprises éligibles pourront bénéficier de subventions catalytiques pouvant atteindre 5 000 dollars. Ces ressources devront financer des services spécialisés, tels que les conseils juridiques, les audits, les certifications carbone ou les tests de produits.

 

L’objectif est de préparer progressivement ces structures à accéder au Volet 2 du Fonds d’équipement des Nations unies. Ce mécanisme du FENU constitue une passerelle vers les financements internationaux pour les projets présentant un modèle économique solide et une contribution démontrable aux Objectifs de développement durable.

 

Une cohorte proche de la parité

 

La cohorte gabonaise se distingue également par la place accordée aux femmes entrepreneures. Le parcours d’accélération respecte une parité parfaite, avec deux entreprises portées par des femmes et deux par des hommes.

 

Dans le programme d’incubation, la représentation féminine atteint 45 %, soit neuf entreprises sur les vingt sélectionnées. Au total, 11 des 24 structures de la cohorte sont portées par des femmes.

 

Cette présence féminine, proche de la parité, traduit la volonté des partenaires de faciliter l’accès des femmes aux dispositifs de financement, de formation et d’accompagnement entrepreneurial dans les secteurs de l’économie verte.

 

Des engagements environnementaux obligatoires

 

Avant le décaissement des premières subventions, les entreprises devront signer leurs contrats ainsi qu’une déclaration dite « Do No Harm ». Elles s’engageront ainsi à ne pas provoquer de dommages sociaux ou environnementaux significatifs dans la mise en œuvre de leurs projets.

 

Chaque structure fera ensuite l’objet d’un diagnostic individuel à 360 degrés. Ce travail permettra d’établir des objectifs précis et mesurables, puis de co-construire un plan d’action adapté à son niveau de maturité.

 

Les versements seront conditionnés à la validation et au respect des différentes étapes du parcours. « Rien ne vous sera donné sans effort, mais rien ne vous sera refusé si vous faites preuve de rigueur », a prévenu Marius Kombila.

 

Un programme déployé dans quatre pays

 

Financé par l’Initiative pour les forêts d’Afrique centrale (CAFI), Pro Congo est mis en œuvre par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et le Fonds d’équipement des Nations unies (FENU).

 

Le dispositif concerne le Gabon, le Cameroun, la République du Congo et la République démocratique du Congo. Dans chacun de ces pays, un organisme local de soutien aux entreprises assure l’accompagnement de proximité. Au Gabon, cette mission est portée par le consortium Pivot 4.0/GFEC.

 

Le parcours de la cohorte doit se conclure par un événement régional de partage des connaissances, puis par une présentation des résultats devant un jury élargi. Un rendez-vous final est annoncé pour mars 2027.

 

Au-delà de la remise des attestations et des subventions, la réussite de Pro Congo sera évaluée à sa capacité à transformer les projets sélectionnés en entreprises viables : emplois créés, clients conquis, financements mobilisés, revenus générés et résultats obtenus en matière de protection des forêts.

 

Pour les 24 entreprises gabonaises retenues, le lancement marque ainsi le début d’une période décisive. Elles devront désormais démontrer que la préservation de la forêt peut devenir non seulement une exigence environnementale, mais aussi un véritable projet économique.

 

 

Muane NONGOU

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