Gabon : « Le temps des passations » de Hasse Nziengui au cœur d’une thèse sur le pouvoir dans le roman gabonais
LIBREVILLE (Equateur) – L’Université Omar Bongo (UOB) a récemment servi de cadre à la soutenance de thèse de doctorat de Barbara Mekui Ondo, consacrée à la « transvaluation du pouvoir et sa représentation dans le roman gabonais », à travers notamment « Le temps des passations », œuvre révélatrice des tensions sociopolitiques.
Inscrit dans le champ de la littérature africaine et francophone, ce travail explore les mutations des formes de pouvoir à travers l’écriture romanesque. L’étude s’appuie sur un corpus d’œuvres majeures du paysage littéraire gabonais, dont « Le temps des passations » de Hasse Nziengui, « Le pacte d’Afia » de Maurice Okoumba Nkoghe, ainsi que « L’étrangleur-séducteur » et « Le choix des ancêtres » de Thierry Afane-Otsaga.
L’analyse met en évidence une constante : la concentration du pouvoir entre les mains d’une minorité, avec pour corollaires la dégradation des normes sociales, le détournement des valeurs traditionnelles et l’exacerbation des tensions politiques.
Une attention particulière est accordée à l’œuvre de Hasse Nziengui, perçue comme une illustration significative des dynamiques de transition politique et sociale au Gabon. À travers une narration marquée par les tensions entre continuité et rupture, l’auteur met en scène les mécanismes de transmission du pouvoir, souvent empreints de conflits, de stratégies et de recompositions.
Dans ce roman, il décrit un régime autoritaire confronté à des mouvements de contestation sociale, notamment des grèves étudiantes suivies d’une répression violente, illustrant les dérives du pouvoir politique.
De son côté, « Le pacte d’Afia » explore la dimension mystique et sociale du pouvoir à travers le destin tragique d’une femme marginalisée, tandis que Le choix des ancêtres met en lumière les conflits liés à la gouvernance traditionnelle et leurs répercussions sur la cohésion sociale.
Au centre de la réflexion se trouve la notion de « transvaluation du pouvoir », entendue comme un processus de transformation des valeurs, marqué par la remise en cause des normes anciennes et l’émergence de nouvelles références, souvent dictées par des logiques de domination politique ou spirituelle.
En s’appuyant sur des approches sociocritiques, la doctorante analyse également les procédés stylistiques et langagiers mobilisés pour traduire ces mutations.
Selon Barbara Mekui Ondo, « Le temps des passations » propose une lecture critique des pratiques politiques contemporaines tout en dévoilant les logiques symboliques qui sous-tendent l’exercice du pouvoir. L’œuvre met ainsi en évidence une redéfinition des normes régissant les rapports d’autorité dans la société gabonaise.
La thèse souligne par ailleurs la singularité de Hasse Nziengui, dont la double posture de journaliste, écrivain et homme politique confère à son œuvre une dimension à la fois esthétique et engagée. Cette hybridité permet d’articuler fiction et réalité, tout en offrant une réflexion approfondie sur les enjeux de gouvernance, de légitimité et de succession.
Apprécié par le jury, qui lui a décerné la mention très honorable pour sa rigueur scientifique et la pertinence de ses analyses, ce travail contribue à enrichir les études sur la littérature gabonaise, en mettant en lumière le rôle du roman comme espace de critique et de reconfiguration du pouvoir.
À travers cette recherche, l’Université Omar Bongo confirme son engagement dans la promotion des savoirs et l’analyse des réalités sociopolitiques à travers les sciences humaines et sociales.
LA RÉDACTION
