Gabon/Fichier des syndicats : Le ras-le-bol de la Fetrag contre l’administration du travail
OWENDO (Equateur) – Dans une lettre ouverte adressée au Directeur général du Travail, le Secrétaire général de la Confédération Fetrag, Jocelyn Louis Ngoma dénonce les contrôles successifs imposés aux organisations syndicales et s’interroge le caractère contradictoire des communiqués des 19 août et 22 septembre 2026. Lecture.
La Fédération des Travailleurs du Gabon (Fetrag), au nom de ses organisations affiliées, souhaite attirer votre attention sur les contrôles successifs imposés aux organisations syndicales et sur les interrogations suscitées par les communiqués des 19 août et 22 septembre 2026.
La Fetrag ne conteste pas le contrôle administratif. Elle pose une question préalable : Quels sont les résultats des contrôles de conformité déjà réalisés ?
Depuis plusieurs années, les organisations syndicales ont été soumises à des recensements, contrôles de conformité, actualisations et vérifications.
Des dossiers ont été déposés. Des pièces produites. Des compléments demandés. Des régularisations effectuées. Mais où sont les résultats consolidés ?
Chaque contrôle devrait pourtant aboutir à une situation clairement établie : dossier conforme, dossier à actualiser, dossier incomplet ou pièces manquantes précisément identifiées.
La méthode devrait être simple : contrôler → notifier → régulariser → enregistrer → restituer. Et le contrôle suivant devrait partir du résultat du précédent. Car avant de recommencer à contrôler, il faut restituer ce qui a déjà été contrôlé.
DU 19 août au 22 septembre : Quel est exactement l’objet du contrôle ?
Le communiqué du 19 août 2026 répondait à une nécessité liée aux élections professionnelles : établir les affiliations permettant de rattacher les résultats obtenus par les syndicats de base aux organisations de niveau supérieur. La logique était claire : syndicat de base → fédération → confédération.
La Fetrag ne conteste pas cette démarche. Mais le communiqué du 22 septembre, présenté comme accordant huit jours supplémentaires aux organisations n’ayant pas répondu au premier, demande également des éléments relevant du dossier constitutif des organisations syndicales.
Dès lors, une question se pose : s’il s’agit d’un rappel, pourquoi les pièces demandées ont-elles changé ? S’il s’agit d’une nouvelle opération de conformité, qu’elle soit clairement identifiée comme telle.
Car les notions ne doivent pas être confondues : la déclaration établit l’existence ; l’affiliation établit le rattachement ; l’actualisation enregistre les changements ; la représentativité mesure le poids électoral.
Une affiliation n’est pas une déclaration de création. Une actualisation n’est pas une nouvelle constitution. Et la représentativité ne détermine pas l’existence juridique d’un syndicat.
La rigueur exigée des syndicats vaut aussi pour l’administration
Lorsqu’une organisation syndicale accomplit sa déclaration et dépose ses pièces auprès de l’administration du travail, elle accomplit la formalité qui lui incombe.
À l’administration ensuite d’en assurer l’enregistrement, la conservation et la traçabilité. Le syndicat déclare. L’administration en conserve la mémoire.
Si une pièce manque, qu’elle soit identifiée. Si une information a changé, qu’elle soit actualisée. Mais si une pièce a déjà été déposée, l’administration doit d’abord la rechercher dans ses propres archives.
On ne peut demander périodiquement aux organisations syndicales de reconstruire la mémoire administrative de dossiers déjà remis.
La Fetrag accepte la rigueur demandée aux syndicats. Mais cette rigueur doit être réciproque.
Si le syndicat doit produire, l’administration doit enregistrer. Si le syndicat doit actualiser, l’administration doit conserver. Si le syndicat doit respecter les procédures, l’administration doit en assurer la traçabilité. Si le syndicat est contrôlé, il doit connaître le résultat du contrôle.
La rigueur ne peut fonctionner à sens unique.
Le cycle des recommencements alimente le désordre
C’est précisément là que se trouve l’une des causes du désordre syndical que l’on cherche aujourd’hui à corriger. On contrôle sans restituer. On recense sans consolider. Puis on recommence.
À force, l’administration semble ne pas disposer d’une photographie stabilisée du paysage syndical : qui est déclaré, qui est affilié à qui, ce qui a déjà été contrôlé et ce qui doit réellement être actualisé.
Quelle est la responsabilité des syndicats dans ce dysfonctionnement?
On veut mettre de l’ordre dans le paysage syndical sans avoir d’abord consolidé la mémoire administrative de ce paysage. Ce cycle doit cesser!
Le fichier syndical doit devenir la mémoire de l’administration. Chaque contrôle doit l’enrichir. Chaque régularisation doit l’actualiser. Chaque nouvelle opération doit partir de l’existant.
Le désordre syndical ne se corrige pas par l’accumulation des contrôles, mais par la consolidation de leurs résultats.
La réforme doit partir de l’existant
Il serait trop simple d’imputer aux ministres successifs les difficultés rencontrées dans la réforme du paysage syndical. Le ministre est politique. Il oriente, arbitre et décide.
L’administration instruit, conserve les dossiers et produit les outils d’aide à la décision. Les techniciens documentent. Les conseillers apportent les éléments d’analyse, y compris contradictoires, permettant au ministre de décider en dernier ressort.
Mais aucune décision politique solide ne peut reposer sur un état incertain de l’existant.
Les ministres passent. L’administration demeure. Sa mémoire administrative doit demeurer avec elle. Refaire périodiquement la même opération sans capitaliser sur ses résultats ne constitue pas une réforme.
Toute réforme réussie part de l’existant.
Ce que demande la Fetrag
La Fetrag demande :
1. La restitution des résultats des précédents contrôles de conformité, organisation par organisation ;
2. La notification précise des dossiers incomplets et des pièces réellement manquantes, plutôt que des demandes générales indistinctes ;
3. La prise en compte des pièces, déclarations et régularisations déjà enregistrées par l’administration ;
4. La clarification du communiqué du 22 septembre 2026, notamment sur son objet, sa différence avec celui du 19 août et les organisations réellement concernées ;
5. La consolidation d’un fichier syndical fiable et durable, afin que tout nouveau contrôle parte désormais du résultat du précédent.
Monsieur le Directeur Général, la Fetrag ne demande aucun traitement particulier. Elle demande une méthode et la même rigueur pour tous.
Avant de redemander, vérifier. Avant de recommencer, restituer. Avant de déclarer un dossier incomplet, préciser ce qui manque. Avant de réformer, partir de l’existant.
Aidez le ministre du Travail, a mettre fin a ce cycle vicieux des éternels recommencements, qui retardent la démocratie sociale.
Restituez les contrôles. Fiabilisez le fichier. Actualisez ce qui doit l’être. Établissez les affiliations. Rattachez objectivement les résultats électoraux.
Nous pourrons alors répondre, sans ambiguïté, aux trois questions qui devraient déjà trouver leur réponse dans le fichier de l’administration du travail :
Qui existe ? Qui est affilié à qui ? Qui représente quoi ?
Le syndicat accomplit sa déclaration. L’administration qui la reçoit doit en assurer la mémoire.
C’est cette continuité administrative qui permettra de sortir durablement du désordre et de construire une démocratie sociale effective au Gabon.
Jocelyn Louis NGOMA, Secrétaire général de la Fédération des Travailleurs du Gabon (Fetrag)
