Gabon : La Direction générale de la Setrag veut-elle museler la liberté syndicale ?
OWENDO (Equateur) – La question vaut son pesant d’or eu égard à l’ingérence de la Direction générale de la Setrag dans le fonctionnement du Sycat, un syndicat de l’entreprise. Cette dernière s’appuyant sur un conflit interne et sur les conclusions infondées semble-t-il, de l’inspection du travail, refuserait de reconnaître la légitimité de l’actuel bureau de l’organisation syndicale qui a pourtant été élu par les travailleurs conformément à la réglementation du travail.
Ce qui se joue aujourd’hui autour du Syndicat des conducteurs et assimilés des transports (Sycat) mérite d’être regardé au-delà du seul conflit interne.
À la lecture du courrier de la Direction générale de la Setrag du 11 août 2026, un enchaînement apparaît clairement : la Direction de la Réglementation intervient, la Confédération syndicale des travailleurs du Gabon (Cstg) prend position, puis l’employeur s’appuie sur leurs conclusions pour déterminer l’interlocuteur syndical qu’il entend reconnaître.
Difficile, dans ces conditions, de parler simplement de trois initiatives indépendantes. Sans préjuger des intentions de chacun, la convergence des positions et surtout le résultat produit interrogent fortement : Qui bénéficie de cette situation ? Le syndicat le plus représentatif se trouve fragilisé, tandis que l’employeur dispose d’un argument pour limiter son accès au dialogue social.
Une frontière juridique qui ne devrait pas être franchie
Le Code du travail de 2021 protège la liberté syndicale. Son article 15 interdit les actes d’ingérence dans la formation, le fonctionnement et l’administration des organisations professionnelles.
Son article 304 garantit notamment aux organisations de travailleurs le droit d’élaborer leurs statuts, d’élire librement leurs représentants et d’organiser leur fonctionnement. Il impose aux autorités publiques de s’abstenir de toute intervention susceptible de limiter ces droits.
L’article 305 permet à l’administration de vérifier la conformité des déclarations et des changements intervenus dans la direction des syndicats. Mais cette compétence ne saurait être confondue avec un pouvoir de règlement des conflits internes.
Or, d’après le courrier de la Setrag, la Direction de la Réglementation aurait apprécié la régularité de l’assemblée générale extraordinaire du 11 juin, les griefs visant le président du Sycat et, au terme de cette démarche, contribué à conforter un bureau comme interlocuteur légitime. Le contrôle administratif ne peut devenir un jugement sur la direction d’un syndicat.
La Cstg : une prérogative confédérale ne vaut pas pouvoir de tutelle
La Cstg peut naturellement exercer les compétences que ses propres statuts lui confèrent. Mais l’affiliation d’un syndicat à une confédération ne signifie pas que celle-ci dispose automatiquement d’un pouvoir de substitution sur ses instances dirigeantes.
Une question demeure donc entière : quel texte permet à la Cstg de trancher un conflit interne au Sycat et d’imposer son appréciation à l’employeur ? Cette question mérite une réponse juridique, pas une affirmation politique.
L’employeur ne peut pas être le bénéficiaire de cette confusion
La Setrag affirme sa neutralité. Pourtant, elle reprend les conclusions de la Direction de la Réglementation et de la Cstg pour annoncer qu’elle traitera avec un bureau présenté comme « l’unique interlocuteur reconnu ».
C’est là que les trois interventions se rejoignent. L’administration produit une appréciation. La Cstg la conforte. L’employeur s’en sert pour déterminer son interlocuteur.
Le résultat est particulièrement préoccupant : le syndicat le plus représentatif de l’entreprise risque de voir son rôle réduit, sa capacité d’action entravée et sa voix marginalisée dans le dialogue social.
Cependant, la pétition portée par les travailleurs ajoute un élément essentiel au dossier. Elle témoigne d’une contestation réelle au sein de la base syndicale. Celle-ci ne peut être neutralisée par une simple lecture administrative ou confédérale du conflit.
Il ne s’agit donc pas d’affirmer, sans preuve, l’existence d’un accord secret entre les trois acteurs. Mais de s’interroger objectivement lorsque trois interventions distinctes convergent vers le même résultat : affaiblir la capacité d’action du syndicat le plus représentatif et conforter un interlocuteur choisi.
Car, il faut le dire, le danger dépasse le Sycat. Si une telle pratique devait s’installer, n’importe quel syndicat susceptible de contrarier certains intérêts pourrait demain être placé sous influence administrative, confédérale ou patronale.
Le principe devrait pourtant rester intangible : L’administration contrôle. Le juge tranche. Le syndicat s’organise. L’employeur négocie. Lorsque chacun sort de son rôle, c’est la liberté syndicale, et avec elle la paix sociale, qui est directement menacée.
Aussi, face à l’ingérence de l’administration du travail, de la Cstg et de l’employeur dans les affaires internes du Sycat, une plateforme réunissant les deux organisations syndicales les plus représentatives de la Setrag a été mise en place pour dénoncer des pratiques susceptibles de porter atteinte à la liberté syndicale et de fragiliser gravement la paix sociale dans l’entreprise.
A cet effet, elle fera une importante déclaration de presse ce jeudi 13 août 2026, afin d’exposer les faits, d’alerter l’opinion nationale et de préciser sa position sur la situation qui prévaut au sein de la Setrag.
LA RÉDACTION
